Impressions soleil ardent

Impressions soleil ardent (1).                                  

Aventure(s) en Mauritanie.

Juillet/août 2007.
Prélude.
 A partir de quand commence un voyage ? Le trajet, dit-on souvent, en constitue déjà une partie ; en ce qui me concerne, la chose fut amplement vérifiée.
C’était la première fois que je franchissais la Méditerranée pour me rendre en Afrique, une contrée qui, pourtant, me fascinait depuis longtemps. Une contrée partagée entre mon imaginaire littéraire et cinématographique (impossible d’évoquer ce continent sans entraîner avec moi les romans d’Amin Maalouf, spécialement Léon l’Africain ou encore les films hollywoodiens des années 40, type Africa Queen avec Humphrey Bogart) et ce que les multiples flashs d’informations nous donnent pour être la réalité, rarement gaie, du pays – famines, sécheresses, coups d’état, instabilité politique. En bref, beaucoup d’images, sinon de clichés venus d’ailleurs, peu de véritables expériences. Il était temps d’y aller voir par moi-même. Manquait l’occasion. Elle se présentât bientôt sous la forme d’un poste de chargée de mission pédagogique et culturelle proposé à Véronique en Mauritanie.

La Mauritanie. A vrai dire, pas réellement le pays dont j’avais le plus entendu parler, à peine si je savais le situer sur une carte et en nommer la capitale sans massacrer le mot (j’ai d’ailleurs renoncer à le prononcer le temps qu’un signe extérieur m’indique que j’étais capable de réaliser cet exploit phonétique). Mon seul point de repère, mi historique, mi cinématographique, était Fort Saganne d’Alain Corneau, film qui m’avait d’ailleurs passablement endormi.
Au nom de Mauritanie est venu s’adjoindre un autre nom, celui là totalement inconnu, le nom d’une ville – Atâr. Commencèrent alors les recherches habituelles afin de mieux cerner ce futur lieu : Guide du Routard, Petit Futé, sites Internet etc. Si sur la Mauritanie, l’on pouvait trouver de la littérature, sur Atâr, il fallait bien reconnaître que ce n’était guère l’abondance. Quelques lignes, deux ou trois photos. Atâr est surtout connue pour être le point de départ de multiples treks dans le désert, mais il semblait qu’il n’y aurait pas grand-chose de plus à faire dans ce coin là. Les guides évoquaient rapidement un musée local, la mosquée, le charme d’une ville aux portes du désert saharien… et un soleil de plomb, environ 40 et 45 degrés à l’ombre. Pas réellement de quoi enchanter le futur touriste moyen que je peux être dans mes mauvais jours. Certes, la Mauritanie semblait avoir bien d’autres atouts dans sa poche, des oasis, des paysages naturels magnifiques, des sites recensés par l’UNESCO, mais visiblement les possibilités de transporter ma carcasse de blanc en vadrouille d’un point à l’autre étaient limitées (de rares trains, peu de bus, simplement des taxis brousses ou des locations de voitures avec ou sans chauffeur – davantage sur ce phénomène plus loin). Mais il n’était pas temps pour moi de cracher dans la soupe ; si Véronique était là bas, c’était donc là bas qu’il fallait que j’aille et advienne que pourra.
Après avoir écumé quelques dizaines d’agences de voyages et essuyé un nombre exponentiel de regards ahuris quand j’évoquais ma destination (à croire que jamais personne n’allait se perdre dans les bras mauritaniens en plein été), je finis par exhumer un billet au tarif accessible pour ma bourse de maître auxiliaire. Je passe sur les formalités administratives n’ayant un intérêt que tout relatif, sinon celui de préciser qu’il faut un visa pour pénétrer sur le sol de la Mauritanie, ce qu’un chinois un peu branque apprendra à ses dépens une fois arrivé à l’aéroport de Nouakchott (au moment où je l’ai laissé, il était aux prises avec un policier ne parlant que français et pas un mot d’anglais et il essayait de lui faire comprendre qu’il était prêt à payer directement pour avoir droit au coup de tampon libérateur). Le départ serait donc pour le 15 juillet de l’aéroport Marignane de Marseille et l’arrivée pour le 16 au matin, après avoir transité quelques heures à l’aéroport Mohammed V de Casablanca.
Un départ difficile.
 Je décidais d’en profiter pour passer le week-end chez les parents de Véronique, toujours prompts pour prodiguer leurs largesses en terme d’accueil et leur générosité. Ils furent donc chargés de me conduire à l’aéroport et de me rassurer sur ma capacité mentale et physique de poser mon cul dans l’avion sans encombre particulière. Je n’étais guère rassuré par ce voyage, qui pour moi prenait les traits d’une aventure plus que de vacances tranquilles. Un mois et demi en Mauritanie, sans possibilité en cas d’ennuis quelconques d’avancer mon retour au foyer. Considérations qui apparaîtront sûrement cavalières et passablement peureuses à n’importe quel voyageur digne de ce nom. Et précisément, je me rendais petit à petit compte, l’anxiété gagnant de jour en jour, que cet épithète, pourtant enviable à mes yeux, me correspondait aussi bien que celle de boute-en-train à saint Augustin.
A côté de ce voyage, ceux aux Usa et en Slovaquie m’apparaissaient d’une facilité surprenante. Je me voyais déjà bloqué au Maroc par des policiers corrompus, condamné à dormir pendant des jours sur un siège de salle d’attente, ou alors, enfin arrivé à destination, me tordant de douleur suite à la morsure d’un scorpion impoli voire pris dans la tourmente d’une imprévisible révolution contre le pouvoir en place. Mon imagination tourmentée n’allait se calmer qu’une fois sur place. En attendant, je n’étais pas spécialement rassuré.

Pourtant, sans que je m’en rende bien compte, le jour du départ se présenta benoîtement à ma porte. Je me retrouvais devant une hôtesse de la Royal Air Maroc, mi souriante mi expéditive, qui m’annonçait tranquillement que mon vol avait bien évidemment du retard et que ce retard allait peut-être faire que le vol Casablanca-Nouakchott compterait un passager de moins. Le coup fut rude – 1h30 de retard. Cela me laissait environ cinq minutes pour sortir de l’avion, bousculer les gens ignorants du drame qui couve, m’orienter dans un lieu totalement inconnu, balancer mon bagage de cabine dans la machine mystérieuse qui sait si, oui ou non, vous êtes un danger potentiel et passer le sas d’embarquement. Si j’avais été dans un film, je pense que j’aurais commandé la musique de Mission : Impossible et la coupe de cheveux de Tom Cruise. Inutile de préciser que mon angoisse fut à peu près permanente à partir de ce moment là. J’allais arriver au Maroc à 23h35 ; si je ratais ma correspondance, qu’allait-il se passer ? Dans combien de temps un autre vol pour la Mauritanie serait-il disponible ?
Une amie de ma mère nous avait raconté, suite à un voyage en Algérie, comment elle avait été surprise de l’attitude des autochtones devant ce style de mésaventure : autant nous, nous hurlons, nous nous en prenons à toute la création en imaginant déjà le procès que nous allons intenter à la compagnie, autant les algériens se disent que c’est comme ça, que personne n’y peut rien et attendent tranquillement que ça passe. Je décidais d’adopter cette pose mentale potentiellement libératrice, avec d’ailleurs un relatif succès dont je m’honore. Moi qui serine perpétuellement mon entourage avec les préceptes stoïciens, il fallait que je réussisse, ne serait-ce que brièvement, à les appliquer.

J’acceptais donc mon sort avec fierté et me logeais dans la carcasse de mon Boeing. Le temps pour moi de m’amuser des gestes mécaniques des stewards et de constater l’étrange ressemblance entre l’un d’entre eux et un des amis, lui-même steward (un triste sire qui ne m’appelle qu’une fois par an pour me persifler aux oreilles des phrases du type : « je suis aux Bahamas ! Comment ça va toi ? », « Je suis à l’avant première de Kill Bill à Los Angeles, et toi ? »), et je m’endormais sans ménagement, ne me réveillant que pour le repas.
Comme l’on peut s’en douter et contrairement aux dires mensongers d’une hôtesse plantureuse, le retard ne fut pas rattrapé et le sprint que j’effectuais dans les couloirs de l’aéroport Mohammed V ne suffit pas à me propulser dans mon autre Boeing. Triste spectacle : je n’en ai aperçu que l’aileron qui disparaissait sur le tarmac en me narguant innocemment. J’aurais bien passé mes nerfs et ma fatigue sur l’hôtesse de la RAM qui, alors que je manifestais mon humeur devant cet aileron trop peu statique à mon goût, me balança dans les gencives que le vol n’allait quand même pas m’attendre. Devant aussi peu de compassion, je décidais qu’il était temps de reprendre mon avenir en mains et de saisir de quoi il serait fait. Je fis volte face aussi fièrement que possible et me rendis au comptoir de la RAM afin de m’y enquérir de mon futur proche. Mon futur allait prendre la forme imprévue de deux Nigériens anthropologues et d’un hôtel trois étoiles avec piscine.

Sauvés par Atlas.

 Malgré la fréquence de ses retards, la Royal Air Maroc sait traiter avec ménagement ses voyageurs égarés : nous fûmes conviés à prendre un bus rouge pimpant afin de nous rendre à l’Atlas Airport Hôtel, une énorme bâtisse à vingt minutes de l’aéroport visiblement destinée à accueillir les brebis en transit. Alternance de luxe et de désorganisation complète – on m’attribua pas moins de quatre chambres différentes (dans l’une d’entre elles j’eus d’ailleurs la surprise de voir rentrer un groupe de vieilles dames enturbannées jurant leur grand dieu qu’il s’agissait de leur chambre et finissant par tourner des talons en maugréant, sûrement gênées par mon corps d’éphèbe uniquement vêtu d’un caleçon sexy), les clés électroniques se trouvaient régulièrement défectueuses et les horaires des navettes destinées à nous ramener à l’aéroport variaient en fonction des employés et de la direction du vent.
Je passais donc une nuit et une bonne partie de la journée du lendemain au sein d’un hôtel que la plupart des marocains, c’est en tous cas ce que je pensais en voyant les tarifs, ne pourraient jamais se payer. Je décidais de ne pas m’aventurer au dehors, découragé à la fois par les tarifs des taxis se proposant de nous amener visiter Casa et par les fluctuations intempestives des horaires des bus rouges. Rater à nouveau mon vol serait synonyme pour moi de l’arrêt cardiaque. Je restais donc en compagnie d’Abdul et d’Omar, ayant eux aussi subi l’épreuve quasi métaphysique de l’aileron en fuite, ce qui nous rapprochait immédiatement. J’appris donc qu’ils revenaient d’un séjour de quatre mois à Marseille où ils ont collecté des données dans le cadre de leur projet de thèse en anthropologie, données qui, au vu du poids des sacs que je leur ai aidé à porter, devaient s’avérer plus que suffisantes. J’ai bien demandé deux ou trois fois le sujet de leur thèse mais, étrangement, cette question leur paraissait linguistiquement incompréhensible. J’y renonçais donc pour les laisser évoquer leur Niger natal, leur retour au foyer partagé entre joie et crainte d’un avenir personnel visiblement plus que douteux et leur besoin que leur pays soit plus connu des étrangers comme moi. J’avoue avoir fait copieusement semblant de ne pas confondre, comme la majeure partie des gens, le Niger et le Nigeria, de situer avec brio ce territoire sur une carte, et, imposture suprême, de parfaitement connaître le nom de la capitale.
Quelle ne fut pas leur joie quand, nous installant pour manger, nous fîmes la connaissance de Mohammed, jadis employé pour une grande enseigne de télécommunication au Niger. Cet égyptien, au visage si peu amène tant que nous parlions français entre nous (je l’imaginais volontiers garde du corps ou assassin professionnel) et si affable et lumineux quand nous nous aperçûmes qu’il ne maîtrisait que l’anglais, cet égyptien donc connaissait bien mieux le Niger que mes deux compagnons provisoires. « I know Niger better than you » répétait-il avec un air ravi de conquérant moderne. Après avoir mangé le nez dans son assiette en nous regardant à peine, faute de saisir un traître mot d’une conversation dans laquelle nous ne demandions qu’à l’inclure, le voilà en terrain conquis, nous coupant la parole sans hésiter et se lançant dans un récit qu’il aurait voulu homérique, de ses cinquante ans d’existence sur cette terre. Il a fallu l’arrivée de son bus aux couleurs d’un film d’Almodovar pour que le geyser à histoires se tarisse, sans quoi je pense qu’il se serait inventé trois ou quatre vies supplémentaires pour continuer à parler.
La chose qui m’a beaucoup plu chez Abdul et Omar résida dans leur capacité à aider les personnes autour de nous qui se trouvaient incapables de maîtriser leur nouvel élément. Parlant la plupart des langues que nous entendions dans cet hôtel, refuge des quatre vents de la planète, ils saisissaient la moindre occasion de lutter contre les incompréhensions, évitant ainsi bon nombre d’esclandres et de crises de nerfs, tant au niveau des employés que des voyageurs. Les provenances étaient multiples et foisonnantes : l’Arabie Saoudite et la Mecque, Abidjan, Marrakech, le Sénégal, Tombouctou et même Madagascar. On se croirait au sein d’un comptoir ou d’un caravansérail en transit – pour un peu, laissant mon imagination voguer et repensant à Shangaï Express de Joseph Steinberg, je m’attendais à voir surgir Victor Mature vêtu en birnous et déclamant des vers langoureux aux femmes ou Walter Huston en homme d’affaires pressé et piégé.

Sans vouloir paraître accentuer le côté exotique de cette journée, je dirais que nous n’étions pas loin du choc des civilisations. Parmi les gens qui se trouvait là, certains n’avaient jamais connu autre chose que leur pays d’origine, que leur village, leurs traditions et leur dialecte. Cet homme, voûté et ne marchant qu’avec peine à l’aide de son bâton noueux, que je me figurais sans peine au sein de son village prodiguant ses conseils aux plus jeunes, qu’avait-il à faire entouré de mots qu’il ne comprenait pas, d’une piscine luxueuse et de portes qui ne s’ouvraient qu’avec un morceau de plastique ? Les saoudiens spécialement avaient l’air dénué de tous repères, et sans l’intervention de mes deux anthropologues en herbe, je me demande combien de temps ils auraient mis pour saisir l’heure d’arrivée de la prochaine navette et la différence entre la fontaine décoratrice du salon et le distributeur de boissons. Et là, même après de multiples explications concernant l’endroit où se situaient les chambres et comment les ouvrir, l’un d’entre eux revint nous voir en déclarant fièrement qu’il ne pouvait plus aller dans sa chambre parce celle-ci avait disparu. Etrange façon de se déresponsabiliser : plutôt invoquer un irrationnel engloutissement dans le néant que d’avouer que l’on s’est tout simplement perdu dans les méandres d’un hôtel. Abdul conçut d’ailleurs de l’énervement face à une telle attitude.
« On leur répète vingt fois les mêmes choses et ils sont pas foutus de se débrouiller.
- Oui, tentais-je, mais il faut reconnaître qu’ils sont bien loin de chez eux. Ils ne sont pas habitués à tout ça.
- Uhm… à mon avis, continua-t-il, ils ne font aucun effort pour s’adapter. Ils veulent que tout leur soit servi sur un plateau….
- Si possible de leur pays, ironisa Omar.
- Oui. En plus, dès qu’il y a un problème, c’est jamais de leur faute, toujours celles des autres qui ont mal expliqué ou qui sont incompétents. Ça ne va pas comme ça ».

Mes deux compères aimaient visiblement à observer leur entourage immédiat et ne tarissaient pas de commentaires sur tel groupe ou sur tel individu. L’un d’entre eux retenait surtout leur attention : un Arabe vêtu d’un boubou vert resplendissant qui pénétra dans le restaurant comme on pénètre en pays conquis et qui s’assit immédiatement à une table pour six. Quand la serveuse vint lui faire remarquer qu’il valait mieux qu’il se mette à une plus petite table afin de ne pas gêner les grands groupes, non seulement il ne comprit pas ce qu’on lui disait mais en plus il commença à s’emporter. Il traversa la salle en lançant des imprécations visiblement redoutables en direction de tout ce qui peuplait l’endroit (« il nous lance des mauvais sorts » me glissa un français à la table à côté de la mienne) et prit place ailleurs.
Le drame, cependant, n’était pas clos – afin de goûter aux joies de la cuisine de l’Atlas Hôtel, il fallait s’être muni au préalable d’un ticket spécial attestant que nous pouvions manger gratuitement aux frais du roi. Or, n’ayant pas pris la peine d’écouter les explications qu’on lui avait donné à son arrivée, notre Saoudien en était dénué. Ne comprenant pas pourquoi tout le monde dévorait avec ardeur sauf lui et ne saisissant pas du tout ce que le serveur lui réclamait, nous le vîmes bouillir littéralement sur sa chaise et maltraiter sa serviette. Les deux interprètes attitrés du lieu ne vinrent à son secours, ou plutôt au secours du serveur, qu’une fois passée une bonne tranche de rigolade à contempler son air agacé et contrit.

Mais le temps vint pour moi de quitter mon palace d’une nuit et de reprendre le chemin de ce cher aéroport Mohammed V. Après une très longue attente passée entre snacks et boutiques duty free à me demander si je ramenais ou pas de l’alcool au sein de la République Islamique de Mauritanie, je finis par me retrouver enfin dans le vol en partance pour Nouakchott.

Nouakchott.
    Une double absence.

 Le vol se déroula paisiblement. Mais, lors du passage aux douanes, j’ai pu constater une double absence relativement alarmante : celle de mes bagages et celle de tout comité d’accueil. Et c’est là que j’ai expérimenté la bonté des hommes de ces lieux. D’emblée, devant mon air de détresse, le personnel de l’aéroport m’a encadré – mes bagages étaient en lieu sûr, mais le gars en possession des clés du lieu en question ne travaillait que le jour, il me fallait donc revenir demain pour les récupérer ; quant à l’absence étrange de Véronique, il me suffisait de lui passer un coup de téléphone. C’est en tous cas ce que me proposât spontanément un vieux monsieur à l’air sage en me tendant son portable. Deux ou trois sonneries plus tard, et me voilà embarqué dans une vieille Mercedes brinquebalante conduite par Bahe, le chauffeur recruté par Véronique. Tout ce petit monde, je veux dire Véronique et Christelle une amie, étant passablement ensommeillé, nous nous rendîmes directement au foyer des Volontaires du Progrès où nous logerions le temps de rester à la capitale. Ce fut l’occasion de ma première moustiquaire, objet qui était resté cantonné jusqu’ici aux films et aux romans.

Quelques piqûres et jurons adressés à la plus stupide création du Tout Puissant plus tard, je commençais mon exploration de la capitale de la Mauritanie. Bahe nous amenait partout où nous le souhaitions – si, au début, le fait d’avoir un chauffeur me paraissait amusant, la présence de cette espèce de Clark Gable du pauvre devint bien vite envahissante. Roublard et baratineur, comme le sont visiblement beaucoup de Mauritaniens, il tentait sans cesse de nous extirper quelques billets supplémentaires (je note au passage que les billets de banque mauritaniens sont rarement en bon état, la plupart tenant avec force morceaux de scotch), d’essayer de nous convaincre de prendre deux ou trois personnes de plus pour le retour sur Atâr et de nous faire avaler qu’il avait quatre ou cinq femmes et autant de maisons.
Tant et si bien que nous dûmes bien souvent, pour nous faire entendre de lui, appeler Didi le mari mauritanien de Christelle, dont les accointances avec son patron refroidissaient ses ardeurs. Fort heureusement, il consentit à simplement nous accompagner de-ci de-là sans nécessairement nous suivre partout. Ce qui a d’ailleurs permis que je ne sois pas le seul à me baigner quand nous sommes allés à la plage – les Mauritaniens ne tolérant guère qu’une femme se mette en maillot aux côtés d’un homme qui n’est pas son mari.
J’en profite pour préciser que, si la Mauritanie n’est pas terre d’intégristes ou d’extrémistes musulmans faisant régner la charia, il n’empêche néanmoins pas que le Coran y est respecté scrupuleusement et que la religion est au fondement de la politique et de la vie quotidienne.  Le porc et l’alcool y sont donc en principe introuvables, et, en ce qui concerne ce dernier point, nous ne dûmes notre salut qu’à Régis, le délégué général, qui nous légua sa réserve personnelle. Dans ce pays à majorité sunnite, l’appel à la prière résonne régulièrement. Tout cela ne va pas sans un machisme patenté : être une femme digne de ce nom en Mauritanie implique de respecter certaines règles de comportement – faire preuve de discrétion (peu de rires par exemple ou de manifestations d’humeur trop visibles), se coltiner la melhafa, le vêtement traditionnel et ce même sous un soleil de plomb, préparer spontanément le thé dès que le mari se pointe avec des invités et tenter le plus possible de ressembler à un meuble.

Revenons à la capitale. Après la plage et son sable d’une rare finesse, nous honorâmes le marché aux fruits et aux légumes de Nouakchott de notre présence. Les prix défiant toute concurrence, nous avons rempli le coffre de la Mercedes de melons, prunes et autres pastèques géantes. Au second marché, celui aux poissons, un drame nous attendait.
 
Ce lieu me ravît en tous points : les barques de pêcheurs, peintes et décorées, se profilaient à l’horizon, ramenant sur la plage le fruit de leur traque maritime. Les pêcheurs hissaient leurs embarcations sur le rivage à la force des bras et s’empressaient d’aller vendre le contenu de leurs filets au marché. L’endroit est bruyant, animé, coloré. Et un brin chaotique. Cette impression de chaos allait d’ailleurs de confirmer.
Des coups de feu éclatèrent soudainement, suivis d’un mouvement de foule. Ne comprenant pas ce qui se passait, nous nous réfugiâmes vers des cieux plus cléments. Mais, comme l’esclandre durait (nous entendions encore des coups de feu, des cris et des bruits de cailloux qui claquent contre de la tôle), nous décidâmes de finir nos petites courses (sole, congo, gambas, crevettes) avant de regagner la voiture. Hélas pour nous, nous étions garés à deux pas du foyer de l’affrontement. Un pêcheur nous informa sur l’événement : de toute évidence, un pêcheur avait résisté aux forces de l’ordre qui exigeait de lui un pot de vin de trop, s’en serait suivi une rixe à laquelle prirent part les autres pêcheurs, caillassant les voitures des policiers. Selon notre informateur, le pêcheur rebelle aurait été abattu par les représentants de la loi. Aucun moyen de vérifier, mais il est clair que les coups de feu en l’air étaient bien réels et que l’attitude des pêcheurs était rien moins qu’engageante. Une personne bienveillante nous montra un chemin de traverse et nous nous rendîmes à la case pour finir la soirée en discussions.
Le recul aidant, je reste choqué par la réaction des policiers qui n’hésitèrent pas le moins du monde à tirer en direction de la foule, si ce n’est sur elle, abusant sans vergogne de leur pouvoir. Les conditions de vie des pêcheurs sont des plus difficiles et exiger d’eux quelques liasses supplémentaires pour je ne sais quel privilège relève de la saloperie pure et simple (même s’il faut préciser que le salaire mensuel d’un policier n’excède pas une quarantaine d’euros). Je devais apprendre par la suite que corruption et pots de vin sont monnaie courante en Mauritanie – un exemple parmi tant d’autres : à chaque sortie en voiture, nous sommes tenus de nous arrêter à des postes de police de fortune plantés à intervalles réguliers où nous devons montrer notre passeport et où notre guide, pour peu qu’il ne soit pas trop connu (Didi, le mari de Christelle, lui les esquivera bien souvent), laissera invariablement quelques billets. 

C’en était fini pour moi de Nouakchott, ville qui me laisse une impression de désordre complet, spécialement en matière de circulation automobile, et d’animation permanente. Le lendemain matin, très tôt, nous étions partis pour Atâr. Six heures de routes semi désertiques, un soleil de plomb, Bahe répétant à l’envi qu’il pouvait s’arrêter pour que nous prenions des photos, les multiples contrôles de police et de passeport, les splendides plateaux de l’Adrar, Bahe, le soleil, les policiers : voilà à peu près mon voyage jusqu’à ma destination finale. Le panneau « Bienvenue à Atâr » apparut alors dans le pare brise fendu de la Mercedes. J’étais arrivé.
Bienvenue à Atâr.
 J’avais volontairement refusé de voir quoi que ce soit de la Mauritanie avant d’y partir, afin de me constituer une sorte d’œil innocent. D’Atâr, je ne connaissais donc rien. Selon Véronique, l’endroit était beaucoup plus beau que Nouakchott. C’est le genre de sentence qui rassure le touriste craintif. Pourtant, mon impression devant la capitale de l’Adrar fut partagée : si le paysage rocailleux et montagneux qui l’entoure est impressionnant, la ville elle-même ressemblait à une cité morte ou endormie (ce qui s’explique par la période durant laquelle j’y posais mes valises, la guetna , qui voyait la plupart des Atârois débarrasser le plancher), inondée de soleil et dénuée de tout souci d’urbanisme. L’air frais du port manquait, de même que l’animation de la capitale. Le genre d’endroit, me disais-je un peu hâtivement, où l’on s’ennuie, ruisselant de sueur, tel Gérard Philippe dans Les orgueilleux. La présence de déchets ménagers jonchant le sol me dérangeait, mais je devais apprendre par la suite que la ville était dénuée de service de ramassage des ordures. En la matière d’ailleurs, les Mauritaniens observent une sorte de tri sélectif moins complexe que le nôtre – les déchets ménagers atterrissent dans la rue, les déchets alimentaires échoient aux chèvres qui dévorent à peu près tout, de la charogne au carton. Cette impression négative n’allait pas s’arranger.
L’attitude des habitants à l’égard des tubabs, c’est ainsi que l’on appelle les Blancs ici, n’est pas des plus accueillantes. Au moindre orteil posé dehors, des regards que je ne qualifierais toutefois pas d’hostiles mais au moins de perplexes, me fusillaient. Si je devais les traduire en question, cela donnerait : « Qui c’est celui-là ? », « D’où il sort ? », « Combien il va nous rapporter ? ». Chose étonnante d’ailleurs, les touristes étant monnaie courante à une certaine période de l’année. Mes premières sorties, spécialement les sorties à but commerçant, ne furent pas spécialement des plus réjouissantes.
J’allais vite m’y faire. Il n’en reste pas moins qu’il est étrange de se retrouver en minorité ethnique, c’était la première fois que cela m’arrivait. Ce sentiment, je l’ai initialement ressenti à Nouakchott lors d’un petit incident. Pour le retour sur Atâr, notre chauffeur insistait pour embarquer deux ou trois personnes de plus – ce qui fait partie des pratiques courantes en Mauritanie ; là où nous voyons difficilement comment l’on pourrait faire rentrer plus de trois voyageurs, le Mauritanien parvient sans peine en caser cinq ou six. La chose exige une science complexe, untel sur le toit, un autre dans le coffre avec les bagages, deux personnes serrées sur le siège avant.
Commençant par refuser la moindre personne de plus, nous avons fini, devant l’insistance de notre avorton moustachu, par accepter d’embarquer un individu. Pour ce faire, il faut se rendre dans un endroit décalé, une sorte de gare pour voyageurs en mal de transports. Rapidement, une personne désireuse d’aller à Atâr s’est présentée, et, en même temps qu’elle, l’incident dont je souhaite faire mention. Bahe devant déjà pas mal d’ouguiyas à Véronique, elle exigea, devant un parterre de Mauritaniens en mal d’occupation, que l’argent du transport lui soit remis afin d’éponger une partie de la dette. La résistance de Bahe devant cette injuste spoliation fut à ce point sonore qu’une dizaine de Maures commencèrent à prendre part au débat. Véronique étant partie téléphoner à Didi pour régler cet énième problème avec le chauffeur, Christelle dormant du sommeil de l’enclume dans la voiture, j’étais donc le seul à me trouver en première ligne. « Mais pourquoi il peut pas garder l’argent ? », « Nous autres, nous sommes pauvres, il en a besoin », « Fais quelque chose avec ta femme », et j’en passe. En nettement moins menaçante, ma position me fit penser à celle de Tommy Lee Jones dans l’un des derniers films de William Friedkin – le personnage se retrouve en Syrie pour enquêter sur un massacre de civils soit disant perpétré par l’armée US et c’est peu dire qu’il n’est pas le bienvenue. Lors d’une sortie dans les ruelles de Damas, un, puis deux, et bien vite une dizaine d’individus fond sur lui pour lui régler son compte, masse grouillante et anonyme. Lee Jones ne doit son salut qu’à la fuite. Le mien, je le dus à une pirouette humoristique ; à ceux qui me disaient de changer d’avis, j’ai répondu que c’était ma femme qui portait la culotte et que je ne comprenais rien à leur histoire. A ma grande surprise, après un instant d’hésitation, ils se sont tous mis à rire franchement et m’ont laissé tranquille. Je précise au passage qu’à l’heure actuelle, ce petit salopard de Bahe nous doit encore une somme coquette.

Interlude gourmand.
 Je parlais tout à l’heure de mes sorties à finalité marchande. J’en profite pour glisser ici une remarque à caractère anthropologique : les Mauritaniens ne respectent pas le sacro saint principe de la queue. Ils rentrent dans la boutique, demandent ce qu’ils veulent en se passant devant sans vergogne et attendent qu’on les serve. Après en avoir fait les frais chez le boulanger et constaté qu’il ne fallait pas attendre du commerçant qu’il rétablisse cette cruelle injustice, je me suis coulé dans le moule local (il faudra d’ailleurs que je me réadapte en rentrant si je ne veux pas me faire étriller…). Restons un instant sur le domaine de la nourriture. Que mange-t-on en Mauritanie ? J’y ai goûté mon premier pain américain au chameau, un plat d’origine sénégalaise nommé thieboudien à base de riz, de thon, de patates et de choux et les plus succulentes dattes de mon existence, j’ai trempé mes lèvres dans le jus de mangue ainsi que dans le jus de bissap, une plante locale. Lors de notre premier week-end, je dévorais un merveilleux tajine au poulet et du mouton avec des pâtes cuites dans la graisse du même animal (curieuse habitude, les Mauritaniennes coupent les spaghettis en petits morceaux avant de les faire bouillir). Comme cela se passe aussi au Népal si l’on veut manger à la traditionnelle, il est nécessaire de se passer de nos amis les couverts et, si on ne veut pas être le centre des regards, de penser à manger avec la main droite, la gauche étant destinée au nettoyage intime. Tout cela, je l’ai appris à l’occasion de deux jours qui m’ont plongé dans la vie mauritanienne traditionnelle.

Entre oasis et ville de sable.

  
 Ces deux jours, je les dois aux bons soins de Didi et de Christelle, couple atypique et détonnant à la tête d’une agence de voyage proposant méharées, visites des hauts lieux de la Mauritanie et autres sorties dans le désert. Leur liaison fit jadis les joies des commérages atârois ; vous imaginez ? Un nomade musulman plusieurs fois marié et une française infidèle aux préceptes du prophète ? Le scandale. Les rumeurs fusèrent mais n’empêchèrent pas ces deux électrons libres de concrétiser leur union. Didi, avec sa voie éraillée, son allure charismatique et ses faux airs de Jean Reno constitua le guide parfait pour ma première excursion.

Je me permets de préciser ici que le lecteur bienveillant de ces quelques pages ne doit pas s’attendre à des descriptions balzaciennes des lieux visités. Non pas qu’ils soient magnifiques au point de passer par delà le langage, mais parce que mes capacités en la matière sont largement médiocres et que j’estime que les photos prises pendant le séjour rendront à merveille l’ambiance de ces sites uniques. 
Après quelques heures de 4×4 et de musique mauritanienne, nous arrivâmes à l’oasis de Terjit, un lieu doux et tranquille, même si bien fréquenté à cette époque de l’année. Pour ma part, la présence de l’eau suintant des rochers ne me réjouit pas plus que de raison. Au contraire, ce fut l’euphorie pour Véronique et Christelle qui goûtaient enfin un peu de fraîcheur, loin de ce four étouffant qu’est Atâr. « Encore quelques temps passés à Atâr, me disaient-elles, et tu béniras ce genre de moment ». Moment qui fut d’ailleurs assez court, puisque Didi, notre guide suprême, estima que nous étions en retard sur le programme (j’ignorais qu’il y en eût un) et que nous devions reprendre notre route.
Contraints à regret de quitter l’Aqualand mauritanien, nous filâmes vers notre premier endroit d’hébergement, l’oasis de Mhairet.
Je devais bien vite me rendre compte que Didi était connu comme le loup blanc dans tout l’Adrar ; partout où nous passions il avait de la famille, des amis, des connaissances de travail. Ce qui s’avéra plus qu’utile. L’accueil fut à la hauteur de ce que racontent les guides sur ce point : agréable et tranquille. Pour nous, il prit la forme de l’habitation de la famille de Swerka, voisine hennéphile de Christelle et de Didi, installée là le temps de la guetna.
L’endroit était constitué de plusieurs unités topiques organisées autour d’une cour – la cuisine construite en pierre, un tikkit, sorte de tipi rond fait de branches et de feuilles de palmier, ainsi qu’une autre cabane rectangulaire baptisée marmaid. Ni électricité, ni eau courante. En ce qui concerne les détails malodorants, les toilettes étaient situées à l’entrée du domaine et se résumaient à un trou dans le sol, vaguement masqué par un voile peu enclin au repos, et de deux murs m’arrivant à la taille. Bref, peu d’intimité étant donné que les lieux d’aisance donnaient sur la rue et sur la cour centrale… 
Allongés sur une natte, la tête sur un coussin dont la dureté me surprît, nous devisâmes de choses et d’autres pendant que l’on nous servait des dattes, du zrig, un mélange très rafraîchissant de lait de chèvre, d’eau et de sucre et, bien entendu, le fameux thé, appelé ici théiou. Inutile de préciser que si vous le refusez, vous faites preuve d’un manque total de reconnaissance face à l’hospitalité offerte ; sauf si votre vie est en jeu, il faut au moins en boire un. Je dis un parce que la coutume du thé en Mauritanie s’organise autour de trois services aux arômes différents (thé noir et à la menthe dosés différemment). Il est de coutume de dire que le premier thé est âcre comme la vie, le second doux comme l’amour et le dernier suave comme la mort.
A l’origine, les seuls consommateurs de thé étaient les nomades ; parcourant le désert, ils ne se séparaient jamais de leur sac de thé et de leur morceau de sucre. Lors des étapes, les rencontres devenaient des prétextes à discussion, autour des trois verres de thé traditionnels. Extrêmement sucré, servi en petite quantité avec une mousse abondante (je m’amusais à observer les gestes précis des femmes le préparant, y parvenant sans peine en pleine nuit ou prises sous un vent de sable), le thé a ici un goût unique – même s’il est indéniable qu’au bout du douzième ingurgité dans la même journée, une légère tendance à l’aversion pointât son nez.

A Mhairet, je prenai aussi mes premiers cours de comportement. Alors que nous étions assis, une femme arriva et serra la main de Véronique et de Christelle. Etant juste à côté, je lui tendis la mienne spontanément. Le coup de coude dans les côtes que je reçus à ce moment même m’inclina à adopter une attitude moins tactile et à me contenter d’un « essalâm ‘alîkum » plus prudent. Suivant les endroits où l’on se trouve, une femme n’a pas le droit de toucher un autre homme que son mari, pas même pour le saluer. Elle ne peut, non plus, s’asseoir ou marcher à ses côtés. Beaucoup d’interdictions et, pour moi, quelques règles de comportement à intégrer au plus vite.
L’ambiance se dérida progressivement, notamment grâce aux pieds et à l’œil de Véronique. Aux pieds, parce qu’elle accepta gracieusement de les voir recouverts de henné – spectacle amusant que ces deux paires de mains s’affairant autour de ses orteils, cherchant à les embellir malgré une obscurité totale. Nos hôtes durent œuvrer à l’aide de lampes de poche coincées au creux du cou. Détail qui ne rassura pas Véronique, étant donné qu’elles maniaient lames de rasoir et autres ciseaux. Au final, les pieds de ma voyageuse préférée furent recouverts d’une espèce de boue compacte et de deux magnifiques chaussons en plastique permettant au henné de sécher tranquillement. Ce n’est que le lendemain que nous pûmes contempler le résultat, formes géométriques sur les orteils et une sorte de croix de Malte aux talons.
 

Plutôt que de patienter dans l’oisiveté pendant qu’on lui décorait les panards, Véronique s’empara de son appareil photo numérique et entreprit de mitrailler nos hôtes. Gênées et un peu réticentes au début, elles se prirent vite au jeu et explosèrent franchement de rire en voyant leurs portraits. Il y a des chances pour que certaines d’entre elles, les plus jeunes essentiellement, n’aient jamais été prises en photo de leur vie. Cet instant photo fut donc pour elles l’occasion de contempler leur visage tantôt grimaçant tantôt souriant et, pour Swerka, l’occasion de poser aux côtés de celui qu’elle appelait « le plus beau » - en toute modestie, ce n’était autre que moi.
Mais le moment de dormir vint et, avec lui, l’expérience d’une nuit incertaine. Ballotté entre le sable qui me fouettait le visage, une natte bêtement posée en pente et propice à la roulade et un âne décidé à nous faire entendre ses mélopées dès l’aube, c’est peu dire que je me réveillais considérablement amoindri. Le thé, le zrig et une nouvelle séance photo orchestrée par Véronique se chargèrent de me faire émerger du néant. Après avoir remercié nos hôtes et que le 4×4 de Didi eût franchi une pente impossible (j’imaginais ma pauvre Ford Fiesta au milieu de tous ces rochers ; à peine si elle aurait avancé d’un mètre), nous continuâmes notre micro périple vers une cité de sable. 
 
Entourée et colorée par ce sable, menacée par lui aussi tant le désert gagne sur les habitations,
Chinguetti est réputée comme étant la septième ville de l’Islam, talonnant ces géantes que sont Fès, la Mecque ou encore le Caire. Fondée aux alentours du 8ème siècle, elle a accueilli un nombre incalculable de dromadaires et de marchands en tous genres. C’est là que je vis le désert de près pour la première fois de mon existence ; pendant une heure, je restais bouche bée devant les dunes et le soleil couchant rasant ces vagues sablées. L’occasion pour Véronique de goûter aux joies de son nouveau pied d’appareil photo et notamment de nous prendre tous les deux dans cet océan de sable. 
A ce spectacle unique vint s’ajouter une caravane de dromadaires guidés par une poignée d’hommes affairés. Affairés certes, mais pas au point de ne pas remarquer que Véronique les prenait en photo et de ne pas prendre le temps de proférer quelques paroles peu amènes à notre égard.

 Nous devions d’ailleurs retrouver nos amis les chameliers quelques instants plus tard dans le centre de Chinguetti. Reconnaissant en nous ces touristes effrontés qui avaient osé tenter de les photographier, ils se dirigèrent vers nous pour nous demander d’effacer les clichés compromettants. Heureusement, Véronique venait à l’instant de faire un sort à leurs trognes peu engageantes et, de surcroît, floues. Il n’empêche qu’il fallut que ma tendre compagne leur montre à plusieurs reprises les photos pour qu’ils reconnaissent enfin qu’il n’y avait là que leurs dromadaires et des dunes moins capricieuses.
Peut-être sont-ils chiites, nous sommes-nous dits pour expliquer ce comportement. Mais nous devions apprendre par la suite que les gens de l’Adrar sont à majorité sunnites. Cette information nous fut divulguée par le bibliothécaire de la ville. Ce jour-là, nous fûmes ses seuls visiteurs. Il nous choya donc particulièrement en nous racontant dans le détail l’histoire de la ville et de sa bibliothèque renfermant des ouvrages rares et multi centenaires (un Coran, un petit livre de prières, des recueils de poésie enluminés). Ce fut merveille pour moi que de voir ce mélange de sage grec et de saddhu indien faire revivre les pierres environnantes, nous présenter son petit musée personnel (je retiens surtout ici ses clés étranges et ubuesques, avec lesquelles nous essayâmes désespérément d’ouvrir les portes du scriptorium) et même entonner un poème avec grandiloquence. Nous le remerciâmes par un mot emphatique laissé sur son livre d’or et nous repartîmes vers Atâr. En cours de route, et entre deux cahots, Didi nous fit la grâce de nous montrer la passe d’Amogjâr, site gigantesque et sublime. Au loin, outre un iguane de taille jurassique, nous aperçûmes les ruines de fort Saganne. C’est sur ce spectacle d’antan que nous devions retrouver Atâr et notre charmante demeure.

Des maisons et des hommes.
 Un jour, alors que Véronique était partie gagner notre croûte à l’Alliance (alliance dans laquelle, à cette époque de l’année, on tue le temps entre parties de scrabble et multiples verres de thé), je décidais de m’installer pour écrire quelques lignes bien senties. Les lignes en question tardant à venir se loger sur mon écran, je me perdais en réflexions plus ou moins élaborées. L’une d’elles néanmoins eût l’audace de devenir consciente : si un individu surgissait subitement dans la chambre, qu’est-ce qui lui permettrait de savoir avec certitude dans quel pays ou continent il se trouve ? Je balayais la pièce du regard et, après avoir croisé la télévision, le lit, le climatiseur et l’armoire, j’en concluais qu’il n’y parviendrait sûrement pas. Si on excepte la vue sur les montagnes de l’Adrar à partir de la terrasse et le sable envahissant le sol, en pénétrant dans la maison de Véronique, je n’ai pas éprouvé de dépaysement particulier. Cuisine, chambre, salle de bain etc. tout y est conforme à ce que l’on peut trouver en France. C’est Christelle qui m’a mis la puce scribouillarde à l’oreille quand elle avouait qu’elle avait l’impression d’être en France quand elle venait chez Véronique. Dans quel genre de maison les Mauritaniens habitaient-ils donc ?

Petit moment de description. D’après ce que j’ai pu constater, les maisons sont organisées autour d’une cour principale servant de lieu d’accueil et de dortoir les jours de chaleur ardente. On y jette une natte, des matelas, des coussins et les invités. A mes yeux, ce genre d’endroit est le remède le plus fulgurant que je connaisse aux troubles du sommeil – à peine posé sur un coussin que mon corps prenait insensiblement la position couchée et que je ronflais en moins d’un quart d’heure. En terme de savoir vivre, il suffisait que je résiste le temps de la trinité théinée, la sieste étant aussi sacrée chez les Mauritaniens que chez les Corses d’Astérix.
Autour de la cour se diffusent généralement quelques pièces, la cuisine, les commodités, les chambres, les Mauritaniens vivant en famille comme les Espagnols de jadis. A cela s’ajoute parfois la boutique où les femmes de la maisonnée tentent d’arrondir les fins de mois. Ce qui me frappait particulièrement était l’absence de meubles, de tout élément de décoration et d’objet un tant soit peu personnel. Pas de photos de famille, pas de rideaux aux fenêtres ; en bref, rien qui crée un espace intime et marqué par ceux qui y habitent. Volonté d’indifférenciation ? Absence de souci esthétique ? Réduction de l’habitat à sa dimension purement utilitaire ? Je n’en ai aucune idée. En guise d’explication, je suis allé chercher les racines nomades des Mauritaniens – peu de meubles et d’objets, cela rend plus facile et rapide le départ (encore aujourd’hui, pendant les trois mois de juillet à octobre, les gens déguerpissent en masse pour la guetna et laissent leurs maisons sans surveillance).

Autre chose qui me frappa dans la typologie des maisons, c’est la question des limites et de la protection de la propriété. En ce qui nous concerne, les villas sont agrémentées de hauts murs, de portails inexpugnables gardés par des molosses adipeux, de caméras de surveillance. Ici, nulle trace de cet attirail repoussant. Quand les maisons sont entourées de murs, ceux-ci sont à ce point bas que n’importe qui peut les escalader sans souci – ce qui a d’ailleurs valu une surprise à Christelle quand, ne répondant pas instantanément à une personne qui tapait à sa porte, elle la vit enjamber tranquillement la façade. Il me faut néanmoins préciser que dans les grandes villes, comme Nouakchott ou Nouadhibou, le paysage ressemble à s’y méprendre au nôtre, murs ornés de tessons de bouteilles, portails décorés de caméras et entrée commune de résidence. Ce qui m’a été donné de voir de plus intéressant ne se situe pas dans les villes mais plutôt au sein d’endroits isolés.  Les maisons y sont à peine protégées par de petites murailles – quand celles-ci ne sont pas totalement absentes du paysage.
Lors d’un week-end de découverte aux alentours d’Atar, Didi nous amena chez un de chez grands amis, Ali. Cet homme, à l’air affable, dont la physionomie respire la gentillesse et le calme, habite à Tenachert, une petite oasis peu fréquentée.
A peine arrivés, l’on nous invita à nous installer sur une natte surélevée et à déguster un peu de thé en attendant le maître de maison parti chercher de quoi manger. Une chose me frappa : il m’était impossible au premier coup d’œil de préciser jusqu’où s’étendait la propriété d’Ali. A côté de la natte, s’élève simplement une petite construction servant de cuisine. Juste quand je me disais que, pour une famille nombreuse, l’espace était bien exigu, je vis l’une des filles partir en courant en direction d’un tikkit planté à quelques mètres. Je m’informais donc et je finis par apprendre qu’en effet la demeure d’Ali ne se limitait pas à une seule bâtisse mais qu’elle comprenait deux ou trois lieux supplémentaires éparpillés à proximité de la natte, cette dernière restant l’élément central de la maisonnée. La propriété n’est donc ni délimitée ni marquée de façon particulière, ce qui donne la sensation d’un lieu ouvert et commun. Insensiblement, mon esprit dérivait vers mes lectures anthropologiques sur le mode de vie de certaines tribus primitives, Bambaras et autres Achuars. Mais aussi vers le bad guy du Discours sur l’origine et le fondement de l’inégalité parmi les hommes de Rousseau, celui qui subitement, alors que tout allait bien sur terre, décide d’enclore un terrain et de décréter : « ceci est à moi », faisant par là même changer l’ordre des choses. Je me prenais à penser qu’ici, peut-être, on lui aurait ri au nez et que la bourgeoisie serait restée une affabulation terne. Je fus coupé dans mes délires pseudo philosophiques par le retour fracassant d’Ali, jetant à mes pieds un paquet de biscuits apéritifs en nous disant de manger en attendant le couscous. Ce que je fis avec une voracité en berne, chose dont je ne suis pas coutumier mais qui s’explique largement par les circonstances entourant notre départ.
Invulnérable ?
De Ouâadane à Tenachert.

 Longtemps, je me suis cru invulnérable. Je flottais, pensant que les maux de ventre, les vomissements et autres contrariétés gastriques étaient réservées aux autres, aux malchanceux, aux faibles, aux Pignon du voyage. Quelques kilos de crevettes achetés à la capitale eurent raison de mes orgueilleuses illusions. Les multiples coupures de courant n’avaient pas dû arranger leur fraîcheur déjà plus que douteuse lors de l’achat. Ingurgiter la totalité en trois repas n’a pas été ce que je peux appeler mon idée la plus resplendissante. « Il faut tout manger avant de partir pour Ouadâne, sinon c’est du gâchis » m’entends-je dire encore. Crevettes grillées, soupe aux crevettes, beignets de crevette, l’imagination de Véronique semblait intarissable – s’il y avait eu un troisième kilo, elle aurait sûrement inventé le clafoutis aux crevettes ou la pièce montée aux gambas.
Nous devions partir le lendemain matin. C’était sans compter mon état déplorable après cette version maritime et limitée de La Grande bouffe de Ferreri. Si mon sort fut moins grave que ceux de Michel Piccoli et Ugo Tognazzi, je passais néanmoins une matinée à agoniser en peignoir et à rêver que des crevettes revanchardes me dévoraient tout cru. On m’accordera je pense sans peine qu’il y a circonstance plus propice à un départ en vadrouille. Au péril de ma vie, nous partîmes pourtant.

Outre les lacets qu’elle accomplit dans les montagnes, la route qui quitte Atâr pour s’enfoncer dans l’Adrar me fait immanquablement songer au générique de début du Lost Highway de David Lynch. Longue, répétitive, hypnotique et pourtant fascinante. Monotones, ces longues routes bordant le désert ? Certes, un jour de mauvaise humeur, j’ai bien dû employer cet adjectif pour les qualifier. Mais il est impropre – en réalité, elles me firent un effet apaisant, l’alternance entre rocailles arides et inhospitalières, dunes de sable aux multiples couleurs, caravanes intempestives de dromadaires me charma au point de rendre fugaces les quatre heures de trajet. Un endroit fit s’entrechoquer en moi quantités d’images : une immense étendue de sable blanc, vide, en apparence, de toute existence ; soudain, une silhouette surgit, se matérialise sur ce fond d’uniformité et marche tranquillement, nous salue une fois arrivée à notre portée. Que venait faire un être humain dans ce non lieu ? Où allait-il ? Toutes les fois où j’ai aperçu un homme s’affairant de la sorte dans le désert, je me suis posé ce genre de questions. Et toutes les fois que cette étendue blanche s’est présentée à moi, je me remémorais cet instant sublime de Brown Bunny où Vincent Gallo teste sa moto dans le désert, trace tout droit, suspend le temps et réduit l’espace à cette voie lactée terrestre.

Un autre qui traçait tout droit, ce fut le guide auquel nous eûmes droit une fois arrivés à Ouadâne, à environ 200km à l’est d’Atâr. L’individu, affligé d’un strabisme divergent redoutable, incarnera pour longtemps encore ce que j’ai vu de plus déplorable en la matière. Ce que je sais de Ouadâne, cette cité du 12ème dont les maisons de la vieille ville s’accrochent mordicus au flanc d’une falaise, je l’ai appris via les guides de voyage compulsés pendant le trajet. Quant au guide, une fois ses 1000 om empochés, il s’échappa loin de la sphère nuisible de nos questions vers les ruelles étroites et labyrinthiques du vieux Ouadâne.
Nous découvrîmes donc seuls cet endroit magnifique, notre gaillard ne nous attendant qu’aux intersections afin de s’assurer de ne pas nous égarer en route. Ses rares interventions se bornèrent à nous lire ce qu’il y avait d’écrit sur les panneaux – rédigés en français faut-il le dire. Comble d’outrecuidance, le fourbe voulut non seulement nous escroquer d’une partie de la visite (il nous a fallu insister pour qu’il accepte de revenir le lendemain matin afin de nous montrer le reste) mais il tenta en plus de nous attirer dans sa boutique pour nous fourguer ses « magnifiques objets artisanaux ». Sa ressemblance avec Amonbeaufils, le traître d’Astérix chez Cléopâtre devenait dès lors flagrante.
Dans notre fuite, j’aperçus une inscription murale remarquable. Sur sa devanture, un épicier vendant tout ce que l’on peut désirer, du maillot du Real de Madrid au moteur d’avion, affichait fièrement ce slogan – « moins cher que gratuit ». Moins cher que gratuit, cela dépasse en humour ou en naïveté les slogans pompeux de nos grandes surfaces. Ce graffiti me trotta dans la tête jusqu’à notre arrivée à l’auberge « El Ghallaouïa ». Et là, tranquillement exposée à l’entrée, une autre inscription me frappa : « Bienvenue. Faites comme cher vous ». Ou quand une faute d’orthographe devient une incitation à la dépense. L’auteur de cette ruse subliminale s’appelait Salam. Ce jeune homme lunaire et tranquille nous accueillit avec largesse et s’en remit à notre générosité pour le paiement de ses efforts – « J’ai posé une boîte dans votre case, vous y mettez ce que vous voulez. Et après j’irai chercher l’argent ». Embarrassés, nous jetâmes un coup d’œil discret à ses tarifs habituels et nous fîmes notre offrande en tout sens de l’équité.
Après une nuit passée à la belle étoile (filante d’ailleurs), nous partîmes en direction d’un site exceptionnel, le site de Guelb  er Rîchât.
Connu sous le nom des Trois Volcans et constitué de trois cercles concentriques, l’endroit me fit penser à une version réduite de l’enfer de Dante. De nombreuses hypothèses eurent cours au sujet de l’origine de ce lieu rocailleux et dévoré par le soleil, l’une d’elles évoquant même la possibilité d’un choc de météorite. Il s’agit plus probablement de ce qu’on pourrait appeler un volcan avorté, d’un volcan n’ayant pas eu la chance de connaître un destin géologique normal.
Imaginez, il y a de cela bien longtemps, une petite bulle de magma lassée de vivre dans les profondeurs et aspirant à devenir un grand et beau volcan. Multipliant les efforts pour s’extirper de la croûte terrestre, elle parvint enfin à la fissurer. « Free at last ! » s’écria-t-elle. Mais c’était sans compter son partenaire le magma qui, d’un naturel paresseux, choisit ce moment là pour la laisser tomber. Las, malgré sa volonté, notre pauvre petite bulle ne put réussir seule à propulser la terre. De dépit, elle s’est dégonflée pour laisser place à un lac, aujourd’hui disparu vous l’aurez compris. La suite ne dit pas comment cohabitent désormais la bulle et ce salaud de magma. Pour ma part, tout cela me fait furieusement penser à ce fameux soufflé aux épinards que prépara un jour ma mère et qu’elle sortit trop tôt du four, ce qui eut pour effet de le voir s’effondrer lamentablement .

Le chemin qui nous amena de Guelb er Rîchât jusqu’à Tenachert, le repère d’Ali, figure parmi les plus désolés que j’ai jamais vu. Mis à part le petit fort d’Aguadir, édifice ruiné sans doute bâti il y a cinq siècles par des marchands portugais, et d’étonnantes peintures rupestres, ce fut le néant. Bercé par le calme et la volupté des dunes, je somnolais paisiblement à l’arrière du 4×4. Soudain, des coups de feu claquèrent. « Tenachert ! » s’exclamèrent en cœur Didi et Christelle. « Encore une émeute ?! » bafouillais-je à demi éveillé. Non, simplement un groupe de nomades qui s’exerçaient au tir à la carabine. Je n’ai jamais très bien compris sur quoi ils tiraient, mais ils eurent la politesse d’arrêter quand nous sommes passés. Tenachert. C’est dans ce havre de paix que nous rencontrâmes Mohamed Lemine.
 
Ce vieil homme sans âge fait partie de ceux que l’on n’oublie pas. Voilà cinq ans, alors qu’il contemplait son impressionnante réserve d’objets et de vestiges exhumés dans le désert, une idée germa dans l’esprit de Mohamed Lemine – ouvrir un musée et faire découvrir ce patrimoine aux gens de passage. Quand nous arrivâmes dans l’oasis, Ali nous informa que Mohamed n’était pas là mais qu’il était tout à fait disposé à aller à sa rencontre pour que nous puissions profiter de son trésor. Dès le lendemain, nous étions serrés dans la petite cabane de ce vieillard  aux faux airs de Malcolm McDowell et il nous montrait le fruit de plusieurs années de recherche : selles de chameaux, bijoux, carabines, poignards, mortiers, ustensiles de cuisine. A chaque objet, il se lançait dans de longues explications, visiblement peu gêné par le fait que nous ne comprenions absolument rien à ce qu’il racontait. Didi nous servit certes d’interprète mais Mohamed Lemine, avec une incroyable vivacité, se prêta à un jeu de mime tel que nous finîmes par comprendre de nous-mêmes l’utilisation des objets les plus saugrenus.
Nous devions clore notre voyage à Chinguetti dans l’auberge de Sheik, un ami de Didi, une sorte de beatnik mauritanien édenté qui, à chacune de ses apparitions, me faisait immanquablement penser à un des oncles de Véronique. Dégustant un excellent couscous, je repensais à Mohamed Lemine, au thé qu’il nous offrit pour nous remercier d’être venu jusqu’à lui et à son visage rayonnant de simplicité. Emporté dans mes rêves, je le voyais arpenter le désert, en confrère involontaire de Georges Duby, guetter les vestiges d’un autre temps et constituer petit à petit un coffre aux trésors empli de mémoire.  
Rêveries.
 La Mauritanie devenait de plus en plus une terre de rêveries. De rêveries, et non de méditations. En me laissant fasciner par les paysages, par les endroits traversés, je n’ai pas eu d’étincelle intellectuelle notable. Par contre, j’ai éprouvé ce doux laisser aller de l’âme que Bachelard disait ressentir devant le spectacle du feu dans l’âtre. L’esprit ne se vide pas, il se remplit entièrement du lieu offert, de l’étoffe du moment, des odeurs, des sons. Cela, je l’ai expérimenté traversant le désert à la pointe du crépuscule pour rallier Tenachert, déambulant paisiblement dans les méandres du marché de Nouadhibou, contemplant le retour des derniers bateaux de pêche à Nouakchott. Jusqu’ici, influencé par la Psychanalyse du feu et par mes expériences en la matière, je me figurais que les moments de rêveries se vivaient immobile devant un spectacle unique (se réchauffer devant un feu après des heures de randonnée, goûter le calme rafraîchissant d’un cloître, déguster une bière sur une place de village). En Mauritanie, j’ai découvert une rêverie mobile et aux sources multiples.
Lors de notre deuxième séjour à Nouakchott, je connus un instant d’accord parfait avec le monde – la journée touchait à sa fin quand nous décidâmes de retourner au port de pêche afin d’errer le long des plages et d’assister au retour des barques. Nous espérions revoir ce lieu dans une ambiance plus détendue que lors de mon arrivée – sans fusillade.
Ce n’est pas une mais une multiplicité de sensations, mieux de perceptions que nous ressentîmes en arrivant à portée des premières barques colorées. L’odeur de l’océan, le roulis impétueux des vagues déferlant sur le rivage, les chants laborieux des pêcheurs issant leurs barques hors de l’eau, les couleurs tour à tour orangées et rosées des cieux – toutes ces irruptions sensorielles et affectives se mêlent maintenant pour devenir un seul et même souvenir. S’y ajoutèrent la vision cocasse d’une voiture surprise par la montée des eaux et bloquée à quelques mètres de la côte, et la rencontre inattendue avec Bathe disparaissant sitôt arrivé. Bathe, ce Mauritanien qui rendit notre week-end à Nouadhibou plus chaleureux que ce qu’il menaçait de devenir.
         Nouadhibou (1).
Fragments d’un discours révolté.

 Un nouveau nom, un nouvel endroit sur la carte mauritanienne. Parfaitement située sur la côte ouest du pays, Nouadhibou, la capitale économique de la RIM s’offrit à nous après six heures trente de taxi brousse.
Le taxi brousse. Il faut parler de cet élément majeur de la mythologie de la Mauritanie. Avec les taxis vert et jaune, il appartient à la faune automobile fantasque des lieux. Quand on m’a signifié qu’afin de se rendre d’un point à un autre le moyen de locomotion le plus usité, avec le bus, était le taxi brousse, je me suis figuré dans une camionnette fissurée bondissant dans la jungle, côtoyant les éléphants et les jaguars. Nous sommes bien loin pourtant d’un safari. Il s’agit, en effet, de se rendre à la gare routière de sa ville et de demander laquelle des multiples voitures en attente, du 4×4 à la Mercedes, se rend là où vous souhaitez aller. En ce qui nous concerne, nous n’avions pas à prendre la peine de partir en quête du chauffeur adéquat mais plutôt de parvenir à nous débarrasser de la dizaine dont nous ne voulions plus une fois notre choix fait. Les gares routières sont des lieux de conflit, de négociations âpres, d’empoignades rudes entre les différents chauffeurs n’hésitant pas à se « voler » les clients. Des lieux d’attentes aussi. Car les taxis brousse ne partent pour leur destination qu’une fois pleins, ce qui peut prendre parfois plusieurs heures. C’est ce délai qui me permit d’assister à une révolte.
  Arrivés à la gare de Nouakchott, nous fûmes confiés, par notre chauffeur de taxi non brousse, aux bons soins d’Abdul. Ce négro africain au visage calme et décidé nous installa dans sa voiture avant d’engager une conversation tout d’abord banale. Peu à peu, nous en arrivâmes à évoquer un récent fait divers mauritanien, un stock historique de cocaïne venait d’être confisqué et détruit par les forces de l’ordre. Comme je demandais benoîtement si ce genre de trouvaille était fréquente, je m’entendis répondre que je ne comprenais rien. Nous nous tûmes alors.
« L’affaire est plus grave que vous ne pensez. Vous, vous ne comprenez rien, vous croyez que c’est de la drogue, mais c’est la Mauritanie tout cela. La Mauritanie, depuis des siècles. Seuls les citoyens peuvent comprendre, et encore pas tous les citoyens, ceux qui sont curieux comme moi. Je suis là mais je ne suis pas là, je ne suis pas que là. Je fouille et je vois la vérité. On peut tourner le dos, tourner le visage mais la vérité, elle, ne bouge pas. Elle est là, elle nous regarde et elle attend qu’on fasse quelque chose. Corruption, drogue, treize millions de déficit, injustice, racisme envers nous les négro africains : voilà le mal dans le pays, la plaie toujours ouverte. J’ai fait des études moi, j’ai fait l’ENA sans avoir le bac et voilà où je suis. Regardez ».
Il se montre du doigt comme pour nous engager à juger de son personnage. Bonnet usé de la Juventus de Turin, tee shirt sale, pantalon troué et fatigué.
« C’est normal ? La dernière fois, j’ai passé plusieurs jours au poste parce que je disais tout cela à un étranger. Les policiers m’ont dit qu’il ne fallait pas dire tout ça, mais moi je veux le dire et je continuerai. Jusqu’au bout. Un jour, je le dis, un jour, un jour… ».
Et il s’éloigna sur ces paroles mystérieuses et prophétiques. Comme nous allions nous abriter du soleil en attendant le départ, je ne pouvais m’empêcher de penser à la fin de La bataille du Chili, ce documentaire de Patricio Guzman nous montrant la venue au pouvoir et la chute de Salvador Allende. L’équipe du film se trouve dans une usine près de Santiago, on interroge les ouvriers sur les événements récents et sur la proche advenue du pouvoir populaire. L’un d’eux prend la parole : « C’est maintenant ou jamais ». Et quittant le champ : « On se reverra, je continue mon chemin, camarade ». La caméra prend le large, elle aussi, recule progressivement en sortant de l’usine, et nous laisse, dans un paysage désert, avec ses paroles qui se répètent jusqu’à l’extinction : « C’est maintenant ou jamais. Je continue mon chemin, camarade ».

Qu’Abdul ait dit vrai, ait exagéré avec ses histoires de corruption, d’exclusion, de racisme, de révolte grondante m’importait peu. Seul comptait ce moment étrange de suspension où un homme, anodin l’instant précédent, était devenu subitement un révolté prêt à la mort, un héros fouillant les bas fonds, guettant les angles morts. Je ne devais repenser à son discours que plusieurs jours plus tard quand de retour à Atâr et subissant un contrôle d’identité étonnamment scrupuleux, un vieil homme s’est retrouvé contraint, faute de pouvoir présenter sa carte d’identité, de céder aux militaires un petit flacon de parfum. Auparavant, nous l’avions vu le sortir plusieurs fois de son emballage, le regarder avec joie, s’en passer un peu. Peut-être était-ce la première fois que ce vieillard s’offrait un tel luxe. Son regard désolé au moment de repartir et le discours du chauffeur au bonnet de la Juve vinrent s’entrechoquer. Corruption…
Deux heures plus tard, nous disions au revoir à Abdul et nous partions pour Nouadhibou.

Nouadhibou (2).
Rencontre du troisième type.

 Le trajet fut long. Mais propice aux rencontres brèves et généreuses – l’un de nos compagnons de route, un homme d’affaires sans doute ému par mon allure d’éternel touriste, nous prit en charge, expliquant des milliers de choses sur tous les endroits que nous traversions et offrant même le repas. Ce qui a failli d’ailleurs me coûter cher. Alors que nous attendions paisiblement que l’on nous serve, un plat copieux arriva et l’un des groupes nous convia à le partager avec lui. Comprenant que c’était là notre pitance, je me jetai voracement sur la chose et ce ne fut qu’au moment de me laver les mains que je saisis ma méprise. Notre mécène m’interpella en me disant que c’était inutile parce que notre plat de viande arrivait. Une assiette remplie de mouton vint danser devant mes yeux repus. Je souris et, après avoir analysé rapidement la situation, j’en conclus qu’il valait mieux risquer l’indigestion que de froisser un Mauritanien volumineux et flanqué d’un domestique aux bras puissants. Inutile de dire que pendant la suite du trajet, je fus un tantinet moins actif.
La seule chose qui parvint à me sortir de ma torpeur gastrique fut une phrase de notre guide businessman : « Vous avez chaud ? Attendez, dans vingt kilomètres, vous allez voir la fraîcheur va arriver. Nouadhibou est entourée par deux bras de mer, il y fait presque froid ! ». Nous étions à ce point haletant que nous doutions de la véracité de ses dires et pourtant, une demi heure plus tard, l’air salvateur de la mer venait nous saluer et nous garder du coup de chaleur. Le spectacle était magnifique et prometteur. Océan tumultueux, plages de sable blanc, falaises et rochers tourmentés. Nous étions arrivés à Nouadhibou.
Désireux d’éviter les dépenses hôtelières, nous avions contacté un Volontaire International travaillant sur place et susceptible de nous héberger. Ce qu’il accepta sans problème. J’aurais dû me méfier. L’individu s’était rendu célèbre dans le petit monde des VI pour s’être répandu en jérémiades sur son blog et avoir émis le souhait de démissionner après deux mois sur place. On lui avait fait miroiter un appartement dans des quartiers chics, une ville animée et bourrée d’expatriés festifs, une mission facile et un train de vie de colon. Bilan des courses : « des conneries ! Je suis le seul expatrié de mon âge et je passe mes soirées avec la télé. La plage est sale, remplie des déchets de la société de consommation… La mer  est gorgée de bateaux fantômes, tu me diras, ça change des poissons rouges. Et les vents de sable… les vents de sable… Ah ! Je peux te l’assurer, le sable a bon goût ! » me confia-t-il d’un air agacé. Qu’il soit au bord de la dépression nerveuse parce qu’il est aussi à sa place ici que le pape dans une maison close et que cela implique qu’il ne pouvait être le guide parfait pour découvrir les lieux, je l’entends. Qu’il ne soit pas apte à se décentrer pour profiter du style de vie différent qu’offre la Mauritanie et qu’il ne se rende pas compte que, par rapport à Atâr, Nouadhibou est une ville très proche de celles que nous connaissons (elle regorge de restaurants, de bars, de supermarchés, de jolies gourgandines ayant rangé leur melhafa – « c’est une autre planète » m’expliquait Didi tantôt), cela aussi je l’entends. Mais, que pour notre première soirée à Nouadhibou, il nous confie aux bons soins de Mussa, quinquagénaire sympathique quoique obsédé sexuel qui nous fit faire la tournée des bars à putes de la ville (avec une prédilection pour la faune asiatique et peu vêtue du « Dragon »), qu’il nous laisse nous débrouiller seuls pour découvrir le reste de l’endroit en ne parvenant jamais à nous donner une information correcte et qu’il nous enferme chez lui le lundi matin en se rendant au boulot sous prétexte qu’il n’avait pas de double des clés et qu’il ne rentrait que le soir (nous ne dûmes notre liberté qu’à la venue providentielle de la femme de ménage), cela, je dois l’avouer, aurait pu fort bien venir me froisser.
Nouadhibou (3).
   Rencontres fantomatiques.

 Mais Véronique et moi sommes des rocs infrangibles et toutes ces brimades ne nous empêchèrent pas d’apprécier les lieux à leur juste valeur. Ce fut une joie que de déambuler au sein du marché central, de s’imprégner de cette ambiance colorée et désordonnée, de s’essayer au marchandage (ayant toujours l’impression d’escroquer ces pauvres et naïfs marchands, j’ai systématiquement anéanti toutes les avancées de Véronique pour obtenir des prix acceptables, ce qui m’a valu d’être définitivement relégué au rang de meuble pendant les tractations). Après avoir arpenté cet univers de négoce, nous décidâmes de nous égarer dans les petites rues moins touristiques de la ville (où l’on nous regardait passer en criant « tubab  ! tubab !»), de nous hasarder vers le port de pêche artisanal – lieu paisible et bariolé, proche du port de Nouakchott en plus intime. 
 
C’est là d’ailleurs que nous eûmes à faire, pour la première fois, aux militaires. Alors que Véronique photographiait une pancarte de prévention contre le SIDA (denrée inédite à Atâr, fief où la sexualité est une chose jamais évoquée, encore moins montrée), un corps couleur kaki s’interposât entre l’objectif et la cible, nous intimant l’ordre d’arrêter. « C’est interdit de prendre des photos des bâtiments officiels. Suivez moi ». Je me voyais déjà croupir pendant des années dans les loges mauritaniennes ou, pire, devoir échanger ma liberté contre des montagnes d’ouguiyas. Heureusement, pendant que je récitais mes dernières volontés, Véronique parvint sans problème à nous sortir des ennuis et du port. Et à nous amener, par hasard, sur les pas de Bathe.
Allure gangsta rap, casquette et lecteur MP3, nous le vîmes de loin jouer au foot avec des gamins des rues, jongler à la brésilienne avec le ballon. Dès qu’il nous aperçut, il nous accosta en disant qu’il adorait les jeunes couples et qu’il serait ravi que nous venions boire le thé chez lui. D’abord hésitants, nous finîmes par nous fier à son air débonnaire et par le suivre au sein de ces hangars réaménagés qui lui servait de domicile. Surpris d’éprouver tant de joie à me retrouver avec des Mauritaniens, je goûtai sans réserve à leur sens de l’accueil, à leur joie communicative trouvée à partager un moment avec des inconnus. Et ce même si un tel moment n’est tissé que de banalités – boire un thé, échanger quelques mots, regarder du catch ou une émission comique à la télé. Des amis de Bathe à sa mère lovée dans son espèce de salon marocain en clair-obscur jusqu’à son petit frère affectueusement surnommé « microbe », tout ne fut que gentillesse et spontanéité. De Nouadhibou, cette rencontre fortuite restera sans nul doute mon meilleur souvenir.   
Le soir même, alors que nous dégustions un poisson délicieux au Centre de Pêche « Le Pélican », je regrettais cette ambiance chaleureuse et simple. Peu à l’aise aux côtés de nos deux acolytes du week-end, je laissais mon regard vagabonder dans ce lieu étrange et difficile d’accès. Je me rendis compte qu’il était peuplé de fantômes. Les nombreux et volumineux livres d’or entassés sur une vieille étagère m’apprirent que durant des décennies l’endroit était massivement fréquenté par des touristes du monde entier. C’est ici, au sein des eaux poissonneuses de la Baie de l’étoile, que les Blancs venaient apprendre à pêcher et se faisaient photographier auprès de leurs prises, dont certaines étaient monumentales. Ne restent de ces chasses mouvementées qu’un tableau des records accroché au mur, que quelques photos jaunies et quelques mots griffonnés sur un livre. Je ne sais pas à quoi ressemble le Centre en pleine saison, mais ce jour-là il me laissa un profond sentiment de nostalgie.

Ce ne furent pas les seuls fantômes que nous devions croiser. Nous les avions déjà entr’aperçues, ces carcasses rouillées, ces mastodontes métalliques peuplant les rivages et découpant la brume. De près, le spectacle est encore plus impressionnant : sur la plage, gisent environ cent cinquante bateaux de pêches de fort tonnage, échoués sur le flanc, voire brisés en deux par la houle. Que s’est-il passé ? Les abords de Nouadhibou sont-ils à ce point tempétueux que les capitaines les plus expérimentés s’y rompent les os ? Ou bien s’agissait-il du vide ordure officiel des employés du triangle des Bermudes ? Rien de tout cela, le cimetière de bateaux n’est que le résultat de multiples incompétences : dans le cadre d’accord de pêche bilatéraux entre la Mauritanie et d’autres pays, ces derniers livrèrent à Nouadhibou une flotte de navires sans se soucier plus que de raison de la formation d’équipages pour les manœuvrer. Ils ne prirent donc jamais la mer et rouillèrent sur place depuis lors, personne ne sachant trop quoi en faire.
     
Ce fut sur cette apocalypse maritime que nous quittâmes Nouadhibou. En bus climatisé. Mais il faut préciser que la LTM a développé une technique de climatisation bien personnelle : le chauffeur laisse tout simplement les portes de son véhicule ouvertes pendant tout le trajet. Après avoir littéralement dévoré le désert, nous arrivâmes à Atâr où je devais vivre les derniers jours de mon aventure.

    « The end, this is the end my friend »».

 Une semaine à Atâr. Est-ce synonyme d’ennui, de sombres regards, de commerçants qui ne répondent pas quand vous les saluez ? C’est synonyme d’invitation, de cadeaux et de simili de mariage. Grâce à Christelle, nous étions désormais célèbres dans la capitale de l’Adrar, tout le voisinage voulait nous inviter pour partager un repas. Un jour, comme nous allions boire le thé chez Didi, nous rencontrâmes Mariem et Adrami son frère, le Gavroche d’Atâr, malin et de toutes les embrouilles (« moi, pendant la saison, j’achète des dattes à 1000 et je les revends aux touristes à 3000 » se gargarisait-t-il un jour que nous le croisions). Ce fut à eux que revint l’honneur de notre présence. L’après-midi du repas, Mariem et une de ses amies m’aidèrent à acheter les souvenirs de dernière minute – bracelets, colliers, pipe, dattes, tasse de thé. Nous fîmes si bien fonctionner le commerce de la famille, les objets ayant été achetés chez la mère et les dattes chez le père, qu’elle nous offrit la plupart de nos acquisitions. Tant de générosité contrastait avec le comportement infect d’une des commerçantes du marché couvert, refusant d’entamer la moindre négociation avec nous dans la mesure où nous étions des « rhassaniya », des non hassaniya.
Cadeaux, invitations, mais où est le mariage ? Invités à manger le ksour chez Myriam, un plat de légumes accompagnés de galettes, nous eûmes la surprise de la voir sortir ses parures traditionnelles de mariage et commencer à en revêtir Véronique. C’est peu dire qu’elle était resplendissante avec son melhafa bleu vif, sa coiffe faite de longues nattes ornées de perles et de coquillages. J’achoppe légèrement pour décrire le troisième élément de l’ensemble, une sorte de minuscule kippa tombant sans cesse et obligeant Véronique à de prompts réflexes. Seul le maquillage lui fut épargné. La mariée était prête. A peine pour moi le temps de penser qu’il ne manquait que le marié que je fus revêtu d’un boubou blanc et d’un foulard chatoyant et que mes bras se trouvaient convenablement placés autour du cou de ma promise. « Et voilà, vous êtes des mariés mauritaniens ! » s’écria la mère de Mariem en contemplant le résultat avec un large sourire. Si un djinn vicieux me condamnait à l’exil et m’obligeait à n’y emporter qu’un unique souvenir de mon voyage, ce serait celui-là. Ce serait ce moment inattendu et symbolique, ce mélange de rires, de légèreté et de sincérité. Inch’ Allah.
*Happy end*

 

         

2 Responses to “Impressions soleil ardent”


  1. 1 AndrewBoldman juin 4th, 2009 at 11:06

    Hi, cool post. I have been wondering about this topic,so thanks for writing.

  2. 2 rhinoplasty sept 24th, 2009 at 8:38

    Nice site!

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Richard Oliva

Quoi de plus normal que de partir en plein été en Afrique, et plus précisément en Mauritanie. Il a fallu que mon amie aille se perdre dans cette contrée lointaine pour que je puisse penser à renouveler mon bronzage méditerranéen...